"J'aime
l'indéfini, l'interminable
et l'incertitude continuelle."


Gerhard Richter

"A travers la percussion
on peut dire bien plus de
chose qu'avec n'importe
quel autre instrument,
et en même temps on dit
l'essentiel."


Pierre Favre

 








 


 





Patrick Cornillet
Né à Nantes en 1969
CAP de Mécanicien d'entretien au Lycée de la Joliverie
Ecole d'arts graphique et publicité
Pratique de la photographie (noir et blanc et couleur)
Pratique de la peinture en autodidacte
    Expositions

    Individuelles
  • 1993 Galerie "Le hangar Scaramouche" à St Sébastien
  • 1997 Galerie "chez Pichon" à Nantes
  • 1997 Gare du "Petit Anjou" à St Sébastien
  • 1998 Galerie "Antireflet" à Nantes

    Galerie/Artistes/Cahiers

    Collectives

  • 1994 "L'Escall à St Sébastien
  • 1994 "Le hangar Scaramouche" à St Sébastien
  • 1995 "Salon du meuble", stand Griffon à Paris
  • 1995 "Salon d'art contemporain" au Loroux Bottereau
  • 1996 "chez Pichon"
  • 1996 "Le petit marché de l'art" au Rayon Vert à Nantes
  • 1997 "Petits formats" chez Pichon
  • 1997 "Corps et âmes" au Rayon Vert à Nantes
  • 1997 "Le petit marché de l'art" au Rayon Vert à Nantes

Démarche
Médecine légale Avril 98

Extérieur jour.
Nous arrivons chez Patrick Cornillet. Il habite à vingt minutes de Nantes,
dans une maison blanche à deux étages, aux larges ouvertures.
Elle fut construite par son grand père Italien et une équipe de castors sur
une ancienne décharge des année 50. Son oncle y posa un carrelage
mosaïque. Mais nous ne saurons rien à propos des tapissiers au goût
très
sixties.



Intérieur jour. Dans une cuisine.
Autours d'un café et de deux thés au caramel.
Cornillet est un calme Breton. Il a fait une école de dessin technique.
Il a découvert le plaisir du style impersonnel, de la précision, du
magique
industriel: découpage et momification.

Il a commencé à peindre il y a cinq ans. Première exposition de son travail:
Octobre 93 à Nantes. Son style ? Hybride, comme le monde. Quelque chose
de Jackson Pollock pour les surfaces sableuses, des peaux de personnages
à la Giacometti ou Richier, du collage papier dans la tradition de Picasso
et Schwitters...

La première période de Cornillet, c'est un regard sur la
toilette du singe nu.
Ses tableaux cherchent les bleus. Ces corps ne vous regardent jamais.
Ils se tournent, se détournent. Regards obliques dans un
espace abstrait:
le carrelage d'un rêve, semble t-il, les mouvements de foule de l'esprit du
peintre, les déchets d'un monde, rien que ça.

Cornillet: "Au début c'était douloureux."
La seconde période est plus lumineuse. Elle
souffre moins de rugosité.
Plus de papier Kraft encore, parce que ce papier rayé libère traits et
lumière. Dans tous les cas, on découvre un trait gras qui souligne les corps.
Un trait pour seul horizon.

Cornillet préfère travailler sur photographie plutôt qu'au moyen de modèle
vivant. Il aime la platitude du trait photographique niant la perspective,
comme sa peinture médicale, décomposition lente de la nudité.
Cornillet ne veut pas que corps et visages séduisent. Il sont là, "exténués",
dit-il. C'est tout.
Cornillet peint détails et morceaux de chairs sur grandes toiles:"C'est plus
intéressant quand c'est grand comme un appartement.
Mais on est toujours limité par son lieu de travail."
En effet l'environnement détermine toujours le genre de nos actions.
Et les moyens de production d'une oeuvre déterminent cette oeuvre,
sa taille, son ambition, son motif.


Intérieur jour. Dans un salon salle à manger.
Dessins et détails aux murs, photographies
noires et blanches dans le coin télé, une table au centre de la pièce où
gémissent en troupeau divers peintures et essais représentatifs.

Sur l'un des murs repose un triptyque grand carton "sans importance".
Trois corps de femmes allongés, de trois quarts. Le même corps trois fois
exposé, trois fois découpé, trois fois exalté selon différentes teintes,
différentes techniques, selon les différentes finalités des pinceaux.
Ceux qui soignent la décrépitude...
Toute la peinture de Cornillet
flatte la lassitude, tant du contenu que du
contenant, du motif que du support. Figures lasses, jamais vraiment
présentes: c'est la grande fatigue du siècle que (re)présente Cornillet.
Les hommes sont creux. Il les emplit de peinture, de pâte: il travaille la pâte,
c'est "l'empattement" dit-il, faisant sourire son bouc noir.


Intérieur jour.Dans l'entrée
Il y a de l'anthropométrie dans la peinture de Cornillet, du scalpel,
du médical, des grains de bacon. Quelque chose, non morbide, c'est trop
facile,
tout le monde le peint, mais du recyclage légal.
Recyclage, parce que tout son matériel naît du recyclage, de la décharge,
de la sueur de la terre et de l'industrie. Il recycle pour donner au monde,
autre chose.
Légal, parce que Cornillet montre une nudité dans des positions légales,
académiquement médicales. Il s'agit d'une peinture qui embaume, qui
donne du souffle et qui dissèque ce souffle.

L'auteur rêve de corps las, de visages abattus, tant par un sprint sportif ou
salarial que par le désespoir ou la mort. N'importe... Il peint l'essoufflement,
l'épuisement. L'entropie peut-être. Non point l'horreur, que tout le monde
fustige, mais l'oeil esclave du plaisir de regarder les plaies, le dépeçage
martial, le cadavre culturel encore debout...


Intérieur jour. Dans un atelier.
Des objets au sol. Un ventilateur. Un chauffage. Chez Cornillet, ce qui
apparaît, avant la tentative artistique et la maîtrise du geste, c'est
l'amoncellement de matière sur les toiles.
Car Cornillet combat la poussière d'un aspirateur géant, les semences
galactiques du quotidien. Le paysage épais de ces toiles n'est pas fait de
taches mais de croûtes de matières superposées, d'un sang coagulé,
le transport de la vie sacrifiée au silence de la pourriture du monde.

Mais il n'y a pas que le tissu et la peinture à sacrifier. Cornillet façonne
tant le tissus des toiles que le papier kraft. Un support qu'il veut grave,
il marche dessus, le laisse vieillir, le déchire.

Il cherche aussi à obtenir textures et couleurs d'un autre âge:
quelqu'alchimie, un vert turquoise inégal, qu'il aime tant exploiter, un rosé
rugueux charpentier de ses corps nus, un noir ombrageux qui brosse des
visages suffoquants, un crème lumineux qui donne mouvements et plis de
femme.


Intérieur jour. Dans un garage règne une batterie.
Cornillet:" J'aime la musique, le son de la batterie. Je prend du recul après
avoir joué. Il y aurait un rapport entre la batterie et la peinture: les mains,
l'occupation de l'espace, le rythme..."

Nombres de grandes toiles observent la batterie au centre de la pièce.
La peinture s'y repose en attendant les expositions. De droite à gauche,
quelques dos, des morceaux de femme. Cornillet aime peindre les épaules.
Que disent-elles ? "Je ne sais pas...quelque chose d'émouvant... du martyre."
La face arrière, le dos d'un individu renvoie à la vulnérabilité, à la soumission
de cet individu... mais pour Cornillet: "Il n'y a ni androgynie ni message."

Tout ça, c'est que du geste, que de la peinture." Cornillet veut "faire une
toile qui se tienne". Il a le soucis du travail bien fait, d'une certaine
peinture
matinale
, quand il épuise ses doigts, les dépouille de toute leur agilité.

David Morin Ulmann, Avril 1998

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