Exposition
"Oeil pour oeil"
mise en scène de
Cyrille Bretaud.






Edition "Er sie Es"
Stéréoskopische
Variation pour un
poême de Kurt
Schwitters Edité en
20 exemplaires sur
papier d'Arche
250 g 25x32 cm
98 - 2750 FF


Le stéréoscope

 

 



Tout est question
d'espace-temps,
cet objet symbolise
l'instant figé,
le millionnième
de seconde.


L'appareil de vision
binoculaire ou
l'observateur.



"C'est pourquoi
on devrait parler
de
3mD, Tri mental
Dimension
et non de 3D."





Un système de mirroir
au centre permet de voir
les deux images de
droite et de gauche
celles-ci se mélangent
au centre dans votre
cerveau et font
apparaître l'image
en relief.




Art et musique

La musique est ma passion,
elle est à l'origine de toutes
mes recherches picturales ou
plastiques.Inconsciemment,
si je travaille, me sont
toujours présentes quelques
correspondances aux formes
musicales: la succession
des sensations spatiales
évoquées par les masses
sonores, leurs colorations
inouïes en lumière (rythme)
et en matières (timbre), leur
rythme saccadé, le
bousculement des surfaces
qui deviennent volumes ou
points ou lignes, éclatements
vibrations. Toutes les joies
et souffrances des couleurs
entendues sont ordonnées dans
le grand fleuve du temps.
L'écoute est spatiale et peut
enrichir notre regard homogène
et linéaire sur la surface plane.
E.R




Ekkehart Rautenstrauch
Né à Zwickau en 1941
Vit et travaille à Nantes
Etudie à l'école des Beaux Arts de Stuttgart (62/67)
Professeur aux Beaux Arts de Nantes (72/82)
Professeur à l'école d'architecture de Nantes depuis 1982
Depuis 1976 Recherches concernant l'Espace Stéréoscopique



Expositions

  • 1972 - Nantes, Galerie Arlogos "Interpénétration"
  • 1973 - Aix la Chapelle, Neue galerie "Teil Zu einem Teil"
  • 1974 - Mayenne et Cologne, institut français
  • 1975 - Rennes, maison de la Culture, Le temps d'une journée"
  • 1976
    - Nantes, Galerie Convergence
    - Stuttgart Wurttembergischer Kunstverein

    Galerie/Artistes/Cahiers

  • 1977
    - Nantes, Musée des beaux Arts
    - Cologne, baack'sscher Kunstraum
    - Les sables d'Olonne, Musée des beaux Arts
  • 1979
    - Nantes, Galerie Convergence " Partition visuelles"
    - Stuttgart, Kunenstlerhaus
  • 1980 - Balingen, Galerie der Stadt
  • 1981
    - Vannes, Galerie Impact
    - Cholet, Musée des beaux Arts "bizarre"
  • 1983
    - Nantes, Manufacture "Double vision"
    - Lorient, Galerie de l'école des Beaux Arts (rencontre photo)
    - Nantes, Galerie Convergence
    - Nantes, Galerie Arlogos
  • 1985
    - Clisson, Chapelle St Jacques "Fragments d'espaces"
    - Angers, Festival de musique contemporaine "Fotoband"
  • 1986
    - Munchen, Holographie Galerie
    - Paris, Galerie Convergence
  • 1987 - Nantes, Galerie Convergence
  • 1988 - Stadt Ostfildern "Für 3 Augen"
  • 1989 - Paris, Galerie Convergence "Perspectives insolites"
  • 1990
    - Nantes, Galerie Convergence "Klangbilder"
    - Nantes, Maison de l'avocat "Pixel/Pinsel" avec Giraud
    - Berlin, Bildo Akademie "Binokular Installationen"
  • 1991 - Chateaubriand, "Telonius Monk Pièce: Bemsha Swing"
  • 1993 - Rezé, Espace Diderot "battement de cils"
  • 1994 - Nantes, ESC "Things"
  • 1996 - Bochum Kunstforum "Raumbilder"
  • 1997
    - Nantes, Cité des congrès. "strattes"
    - Nantes, Galerie Convergence "Raumorte"
  • 1998
    - Montaigu, Lycée Léonardo de Vinci "3 mD"
    - St Herblain, médiathèque "Oeil pour oeil"


Editions stéréoscopiques
  • 1978 - Temps-Espace - Zeitraum
  • 1981 - Nantes - Centre Tremeac
  • 1982 - Anaglyphes-Art avec Yvon Bobinet
  • 1982 - Espaces secret oder die Anschauung des Raumes
  • 1985 - Memory
  • 1994 - Fensterblicke/Things
  • 1996/97 - Edition de "Strates" six lithographies pour "Winterreise" de
    schubert avec l'atelier de lithographie "Le petit Jaunais"
  • 1998 - Edition de "Er sie Es" Triptyque en relief pour un poème de
    Kurt Schwitters avec l'atelier de lithographie "Le petit Jaunais" avec la
    lecture de "Er sie Es" par Ekkehart Rautenstrauch (disque compact incorporé)

Parcours

Ekkehart Rautenstrauch est Né en 1941 à Zwickau, en Allemagne Orientale. Ses parents fuyant l'avance des armées Russes s'installent finalement en 1954 à Ebingen, entre la Forêt Noire et le lac de Constance.
Après des études musicales, Rautenstrauch opte définitivement pour les Arts plastiques et suit les cours de l'école supérieure des Beaux Arts de Stuttgart de 1962 à 1967.

Dès le début de ses études, il est fasciné par la puissance expressive des couleurs pures et la possibilité de suggérer l'espace avec des cordes blanches tendues à quelques centimètres d'un tableau ou en introduisant plusieurs plans dans la même oeuvre.

Après un séjour à Paris où il expérimente les effets chromatiques crées par des réactions chimiques obtenues à partir de certains produits photographiques, il s'installe à Aigrefeuille, près de Nantes. Il entreprend alors de multiples créations spatiales dans l'espace offert par la nature environnante, créations mettant en oeuvre des gens, des animaux, des végétaux, des objets divers et la nature elle même.
"Le temps d'une journée", réalisée en 1974 est l'oeuvre significative de cette époque.

Une grande partition visuelle qui se compose de quinze panneaux graphiques de cent vingt par cent cinquante centimètres sur lesquels se déroule une composition de signes qui dialoguent avec des photographies prises pendant cette journée d'action avec cinq agriculteurs d'Aigrefeuille sur Maine.

En 1970, Rautenstrauch enseigne la théorie des couleurs à l'école des Beaux Arts de Nantes.
Il met au point la technique des dessins-lumière incorporant des notations musicales.
En 1972, il obtient l'aide à la première exposition accordée pour la première fois par le Ministère de la Culture.

En 1977, le musée des Beaux Arts de Nantes et celui des sables d'Olonne lui consacrent des expositions importantes: Nature-structure-son. Il présente Fotoband, une bande visuelle de 76.80 mètres de longueur, qui est traduit en musique électroacoustique (d'une durée de 21 minutes et 50 secondes) par le compositeur Jean Schwarz.

Depuis 1976, Ekkehart Rautenstrauch s'intéresse à la stéréoscopie, mais c'est en 1979 qu'il présente pour la première fois à la galerie Convergence un ensemble significatif de ses premières créations mettant en oeuvre la troisième dimension.

En 1993, la ville de Rezé présente l'exposition "Battement de cils", sculptures binoculaires à l'espace Diderot. Là, il y rencontre l'espace et la lumière adéquate à sa recherche pour la vision stéréoscopique.



Démarche


On ne comprend pas. On ne comprend pas pourquoi les artistes plasticiens, peintres et photographes, ne se sont pas davantage intéressés, depuis un siècle et demi qu'elle existe, à la 3D, c'est à dire à l'image stéréoscopique. Marcel Duchamp, Man Ray, Salvador Dali (pour ce qu'elle représentait "la réalité métaphysique") ou Andy Wharol y ont pourtant touché.

Mais qui leur a emboîté le pas, qui a poussé plus loin l'investigation? Aujourd'hui, on ne trouvera guère, dans le monde, qu'une poignée d'artistes ayant choisi d'expérimenter les possibilités de la 3D. Ainsi l'Autrichien Schilling, l'Allemand Achim Bahr, le Japonais Tashiri. Inutile, ici d'évoquer les applications gadgets de l'image en relief avec, par exemple, ces navrants hologrammes sacrifiant invariablement au plus mauvais goût.
Ekkehart Rautenstrauch est un cas. Au début des années soixante-dix, à trente ans, il est l'un des tout premiers plasticiens à introduire dans notre région le travail sur le paysage (Land Art) quand la grande majorité de ses pairs restent sous l'influence de l'école de Paris.

Dès 1975, il investit avec enthousiasme le champ de la 3D, convaincu qu'elle élargit considérablement la vision au niveau du sensible: "Une photo stéréoscopique, c'est tout autre chose qu'une photo plane, c'est une nouvelle réalité." Aujourd'hui, Ekke (pour les intimes Rauten pour les moins intimes) a des doutes... "Aurais-je dû, comme tant d'autres en rester là ? "Mais il se reprend vite, dans un rire parfaitement assuré: "Il faut persévérer dans ce que l'on fait, la vie est courte...

" Persévérer, voila le mot, le mot clé; car il n'y a pas le moindre hiatus entre les premiers travaux de Rauten dans la nature et la 3D, en passant par ses recherches liées à la musique. La constante de sa démarche réside en effet dans un propos invariable sur la spatialité et l'éphémère. Ce qui lui importe est la qualité du réel en tant que vécu, l'immatériel et le fugitif atteignant au réaliste. Son choix pour la 3D n'est donc que celui d'une application technique s'inscrivant sans rupture formelle dans la logique parfaite d'un processus aux
leitmotive jamais trahis.

L'artiste allemand, fixé dans la pays Nantais depuis bientôt trente ans, ne se préoccupe pas seulement de la qualité tridimensionnelle de cette image, mais de l'installation tout entière, de la véritable composition qu'elle permet et exige, depuis l'observateur (l'appareil de vision binoculaire qu'il traite comme véritable sculpture- totem) jusqu'à l'image, et entre eux deux.

En outre, la 3D offre à celui qui s'en empare une exceptionnelle alliance des techniques et médiums: sculptures, peintures, dessins, photos, gravures, cinéma, etc. En sorte que la véritable recherche artistique de Rautenstrauch s'applique à approfondir la construction tridimensionnelle, comme le démontre l'évolution de son travail telle qu'on pourra la mesurer à l'occasion d'une exposition présentant à la fois des oeuvres anciennes et nouvelles: "Ce qui m'intéresse, plus que la stéréoscopie en soi, c'est le travail, la réflexion sur l'espace, les sensations spatiales et le processus voir-sentir-penser. Ces trois éléments dans l'ordre." Autrement dit et deux fois plutôt qu'une, la technique pour la technique, non puisqu'elle n'appartiendra jamais au domaine de la création artistique.

Mais enfin, comment ça marche ? En règle générale, le spectateur doit chausser des lunettes, ou regarder à travers un système optique spécial pour obtenir, à partir de deux images (presque) jumelles exposées (photo, dessin, etc.), un spectaculaire, étonnant, vertigineux effet de relief. Il faut souvent, et de façon variable selon les individus, un certain temps d'accommodation. En fait, ce relief, contrairement aux objets de notre environnement où tout est en 3D, ici un fauteuil, là un livre.., n'existe que mentalement: les deux yeux voient deux images légèrement différentes qui se fondent en une seule dans le cerveau. "C'est pourquoi on devrait parler de 3mD, Tri mental Dimension et non de 3D." Aussi, cette technique peut-elle utiliser tous types de supports puisqu'il suffit de deux images; par exemple la lithographie.

Ekkehart Rautenstrauch vient de publier un livre stéréoscopique aux ateliers du Petit Jaunais, la typographie, la vidéo, etc. Sollicitation individuelle et solitaire du spectateur, donc. Voila encore un point intéressant pour qui est convaincu que "regarder une oeuvre d'art c'est accepter d'entrer dans un dialogue intime". Pour Rautenstrauch, le spectateur doit toujours faire partie de l'oeuvre: "C'est lui qui lui donne son sens; En 3D, il est encore plus participant, actif." Avantage et inconvénient. Si la vision binoculaire, certes fugitive, peut parfaitement trouver sa place dans notre époque de plus en plus ouverte à la réflexion sur le virtuel avec les intelligences artificielles et Internet, elle réclame en contrepartie une attention et un temps de regard sans doute moins en phase avec cette même époque de zappé-vite-fait: la 3D, qu'elle que soit sa technique (du stéréogramme à l'image lenticulaire, en passant par l'anaglyphe), est complexe, longue à mettre en oeuvre et à percevoir.

Pourtant, les livres de l'oeil magique ont ces dernières années, connu un important succès. Oui, mais un succès éphémère, comme celui des hologrammes, sérieusement en panne aujourd'hui. Pourquoi? Rautenstrauch répond: " c'est exactement comme le porno; une image qui ne dit rien de vraiment riche, de vraiment significatif, est vite vue, on en a vite fait le tour, on la laisse tomber et on y revient pas. Ce qui n'est pas nouveau si l'on considère que la perspective et l'anamorphose ont également pus être utilisées après la renaissance par des peintres qui se limitaient à un point de vue technique."

Or l'artiste Rautenstrauch n'est pas là pour épater techniquement la galerie. Il entend plutôt "poser des questions afin que les gens trouvent leurs propres réponses". Un tout autre dialogue, donc que celui de l'esbroufe. Si la relation entre l'art et la 3D n'a pas progressé depuis plus de vingt ans, quoi de
neuf chez celui qui a continué, coûte que coûte et presque isolé malgré de nombreuses expositions en France et à l'étranger, jusqu'à se demander s'il ne s'entêtait pas aveuglément ?

Deux ou trois choses, patente. D'abord, une réflexion absolument branchée sur l'actualité, le clonage, par exemple. Ensuite, et particulièrement, un nouveau regard sur l'art brut, ainsi que ses derniers observateurs en témoignent: "Je la trouve de plus en plus en accord avec l'époque". L'art brut montre vraiment quelque chose sur l'actualité, quelque chose d'absolument perturbant. Soyons attentifs aux vraies formes d'expression et non plus seulement a celles qui se retrouvent enfermées dans l'officiel, lequel a "autonomisé" les principes artistiques des années soixante-dix en laissant se perdre la disponibilité du regard et en campant sur une ligne conceptuelle technique.

Au fil des années, de l'expérience, j'observe que tous les mouvements de l'art gardent quelque temps leur pureté avant de s'estomper et de se pervertir. Ainsi, la musique d'avant-garde, d'expérimentation, s'est-elle épuisée en ne sacrifiant plus qu'au mental; l'émotion s'en est absentée. C'est pourquoi, je ne veux pas créer, aujourd'hui des objets hyper clean, hyper design. Mes observateurs reviennent donc nécessairement à une forme d'art brut; d'ailleurs, tout ce que je fait répond à une nécessité. Dans une époque de crise, il faut quitter ses vieux lorgnons pour regarder plus loin." Du nouveau, encore, avec ses totems intégrant chacun une image stéréoscopique. Décidément, Rauten ne s'enferme pas: comme tous les artistes, il creuse un sillon, unique, et de plus en plus profond.

Bernard Bretonnière

Galerie/Artistes/Cahiers